Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 20:11

5. Discours explicatif Séance 4 Février 2010 P. GRIMBLOT Les lois anglaises sur le travail des enfants Revue des Deux Mondes, tome 1, 1843 (suite)

 

Mineurs      [5] La plupart des enfants des deux sexes employés dans les houillères appartiennent aux familles même des ouvriers mineurs, ou aux familles pauvres établies dans le voisinage des mines. Le fruit de leur travail augmente le bien-être de leurs parents, et par conséquent n’est pas toujours perdu pour eux. Mais il y a des districts où un certain nombre de ces malheureuses créatures passent toute leur jeunesse dans le plus dur esclavage, sans retirer aucun profit de leurs peines : ce sont des orphelins, des enfants pauvres dont la paroisse, à la charge desquels l’indigence les a placés, se délivre en les cédant comme apprentis à des ouvriers mineurs. Il y a beaucoup de ces apprentis dans le Lancashire, le Yorkshire et l’ouest de l’Écosse, mais c’est dans le Staffordshire que le nombre en est le plus considérable. Le sous-commissaire chargé de l’inspection de ce comté dit dans son rapport que les maisons de travail centrales (union work-houses), ces asiles que la loi des pauvres de 1835 a ouverts aux indigents, envoient tous leurs enfants aux mines. Des maîtres-ouvriers les prennent avec eux et les gardent en apprentissage jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de vingt-un ans. Quoiqu’il soit reconnu que, pour les travaux de mineurs, il n’est pas besoin d’apprentissage, leurs maîtres retiennent les salaires qu’ils peuvent gagner, et subviennent à peine aux modiques frais de leur entretien et de leur nourriture. Il serait difficile de s’imaginer tous les mauvais traitements que ces infortunés ont à subir. Ce sont les apprentis des maîtres-ouvriers, disait un mineur du Stafford-shire, qui sont de tous les enfants les plus maltraités. On les fait aller où on ne voudrait pas envoyer ses propres enfants, et, s’ils refusent d’obéir, on les bat et on les conduit ensuite devant les magistrats, qui les envoient en prison.» Dans le Yorkshire, un de ces apprentis, Thomas Moorhonse, raconte ainsi au commissaire qui l’interroge sa triste histoire : «Je ne sais pas l’âge que j’ai; mon père est mort, ma mère aussi, je ne sais pas combien il y a de temps. Je suis entré dans la mine à l’âge de neuf ans, ma mère m’avait mis en apprentissage jusqu’à l’âge de vingt-un ans; mais je ne sais pas depuis combien de temps j’y suis : il y a long-temps. Mon maître s’était engagé à me nourrir et à me vêtir; il me donnait de vieux habits qu’il achetait chez les chiffonniers, et je n’avais jamais assez pour apaiser ma faim. Je le quittai parce qu’il me maltraitait; deux fois il m’a frappé à la poitrine avec sa pioche. (Ici, dit le commissaire, je fis déshabiller l’enfant et je trouvai en effet sur sa poitrine une large cicatrice indiquant une blessure faite avec un instrument tranchant; il avait aussi sur le corps plus de vingt blessures qu’il s’était faites en poussant les chariots de charbon dans les galeries basses). Mon maître me battait tant et me traitait si mal, que je résolus de le quitter et de chercher une meilleure condition. Pendant long-temps je dormis dans les puits abandonnés ou dans les cabanes qui sont au bord des puits exploités; je ne mangeais que les bouts de chandelle que les ouvriers avaient laissés dans les travaux.»

     Affiche Germinal de ZOLA   [6] Parmi les faits nombreux recueillis par l’enquête qui peignent la cruauté et même la férocité des mineurs à l’égard de ces pauvres enfants, je choisis le suivant : Dans le Lancashire, rapporte M. Kennedy, un enfant fut amené au docteur Mimer, médecin de Rochdale. Il l’examina et trouva sur son corps vingt-six blessures. Ses reins et toute la partie postérieure de son corps n’étaient qu’une plaie. Sa tête, dépouillée de cheveux, portait les traces de plusieurs blessures déjà cicatrisées; un de ses bras était fracturé au-dessous du coude et paraissait l’être depuis long-temps. Quand ce malheureux enfant fut amené devant les magistrats, il ne pouvait ni se tenir debout ni demeurer assis; on fut obligé de le déposer à terre dans une espèce de berceau. L’instruction prouva que son bras avait été cassé par un coup de barre de fer, que la fracture n’avait jamais été remise, et que pendant plusieurs semaines il avait été obligé de travailler avec le bras dans cet état. Il fut ensuite prouvé que son maître, qui avoua le fait, avait coutume de le battre avec un morceau de bois à l’extrémité duquel était fixé un clou long de plusieurs pouces. Cet enfant manquait souvent de nourriture, comme le montrait l’état d’émaciation de son corps. Son maître l’employait à traîner des chariots, et, lorsqu’il avait été tout-à-fait hors d’état de travailler, il l’avait renvoyé à sa mère, qui était une pauvre veuve.»

Hypothèses des élèves
- il y a du récit qui se mêle à la description et à l'explication
- l'auteur veut nous convaincre que les enfants mineurs sont exploités, ce n'est pas un ton neutre

Pistes d'analyse
- Retrouver les dimensions caractéristiques du texte explicatif
(Organisation du texte / Enonciation : temps / pronoms / Types et formes de phrases, procédés de génralisation et lexique spécialisé)
-  Relever les articulations logiques qui structurent le texte (de l'explication à l'argumentation)


Lecture du texte
Par Le Fil de Laure - Publié dans : Classe de 4e
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