2. "Images du réel" Séance 6 Travail d'analyse d'image Contes de Maupassant Dino et Laura BATTAGLIA (1976) Travail du deux
planches
Problématique
Une transposition ou une interprétation de l'oeuvre de MAUPASSANT par BATTAGLIA ?
Objectifs
Analyser l'adaption en image comme
transcription et comme interprétation
Apprécier les dimensions narratives et descriptives de l'image
Analyser différents cadres et
angles de vue : leurs fonctions
Quels sont les points communs et les tensions entre les deux
représentations, écrites et imagées ? Quelle est la particularité de la BD ?
1. Parallèle entre les deux supports
- Textes et actions sont très proches, quasi
identiques
* personnages (même, même nombre, même ordre d'apparition...)
* actions (attendre, raconter, lire, composer le peloton, être coupée en deux...)
* paroles rapportées (identiques, mais pas intégrales)
* décors, costumes (prussiens, fichu de la mère, cheveux blancs, vieillesse°
- mais des différences peuvent être notées
* les textes surtout sont synthétisés
* les moments choisis sont arrêtés (images fixes), le récit, bien que procédant avec des ellipses, est plus dans un déroulement temporel. Les espaces entrent le vignettes ("le caniveau")
représentent un écoulement temporel coupé dans la représentation.
* le personnage de la mère est quelque peu différent :
elle est très maigre (et non assez forte), son visage ressemble à une tête de mort (préfiguration de sa "démission", elle a renoncé à vivre), très âgée (effet du choc de la mort du fils),
abattue, courbée, visage du désespoir.
2. Comment ces impressions de faiblesse et de mort sont-elle créées ? Pourquoi ce choix ?
-
Repérer dans les choix de plans, et donner leur fonction (à quoi sert-il ?)
Les plans choisis sont l'ensemble et le demi-ensemble qui intégrent (mais aussi cachent, noient) le personnage dans le
décor. La mère Sauvage n'est pas mise en valeur par des plans américains. Il y a peu de gros plans.
On peut repérer deux gros plans seulement (le Prussien quand il ordonne l'exécution ; la mère sauvage quand elle avoue) : dans ces deux cas, les gros plans permettent de voir sur les
visages les émotions ressenties par les personnages. Dans le cas de la mère, ce gros plans montre plus une visage marqué et renfermé q'un cri ou un regard de
vengeance...
2- Repérer un changement d'angle de vue (plongée ou contre-plongée) et dire sa fonction
Un plongée
remarquable : celle qui montre le corps brisé de la mère Sauvage fusillée. Cette femme paraît ainsi davantage "écrasée" par le destin. Une contre-plongée associée à une plongée : quand les
soldats emmènent la mère Sauvage vers le peloton d'exécution, la "nature" domine et cache l'horreur de la scène.
Conclusion
Le texte est
respecté en tant que récit mais l'artiste donne aussi une interprétation : on est assez loin de la "vengeance héroïque" et beaucoup plus près d'une folie, d'une plongée au
fond d'un goufre de souffrance, d'un "néant".
Prolongement et validation de la
lecture (séance 5)
Observer l'image reproduite :
- comment est représentée la Mère Sauvage (la décrire) ?
Des cheveux dissimulés par un fichu (différent du texte), des lunettes rondes et sombres, un nez assez fort, une bouche fermement pincée et un oeil ouvert, fixe
composent un portrait très inquiétant.
-
Pourquoi est-elle placée devant l'image de son fils soldat ?
Cette composition - avec une mise en exergue de la mère devant le fils en uniforme- permet d'évoquer un décalage dans l'espace (le fils est
loin) et dans le temps (il n'est plus). Ellereprésente aussi les pensées de la mère Sauvage.
- Pourquoi son oeil gauche est-il comme
"gribouillé", que veut dire l'artiste ?
Ce dessin (qui n'a plus rien de "réaliste") peut s'expliquer de plusieurs façons :
- la mère pleure, sa vue est comme "brouillée"
- ses pensées sont tristes et sombres
- elle est repliée dans son monde intérieur, celui de ses pensées, et ne voit plus le monde
- l'oeil fixe associé à l'oeil fermé évoque un début de folie (perte de contact avec le monde, perte de la raison, hallucination de l'horreur de la mort du fils) ; cette
interprétation diffère de celle donnée par Maupassant qui emploie le terme "héroïque".
Conclusion de la séquence
Quels sont les caractéristiques de ce récit, qui est une nouvelle
?
1. On appelle
récit cadre la partie d'un récit qui constitue une sorte d'encadrement à un autre récit. Le premier récit est le
fait d'un narrateur interne qui va devenir le conteur (narrateur externe dans notre récit) du 2e récit.
Les époques sont presque toujours différentes, plus ou moins éloignées (dans notre récit quelques années après la guerre). Le 2e récit s'appelle le récit encadré.
2. Tout le récit encadré se déroulant en 1870, le récit constitue un retour en arrière (ou analepse ou récit rétrospectif). L'intérêt de cette construction est que le lecteur sait que la ferme est détruite avant de connaître les détails du récit : une menace pèse donc dès le début sur la ferme et ses habitants, mais on ignore qui sera le destructeur de la maison... Il s'agit donc de dramatiser le récit. Un tel retour en arrière peut aussi avoir un rôle d'explication ou d'information.
3. Caractéristiques de la nouvelle
Cette nouvelle est caractéristique de ce genre narratif bref centrée sur une action principale : la vengeance de la mère (sa cause, sa conséqunce). Elle comprend
différents types de discours et constitue donc un récit
complexe.
Les descriptions sont brèves et ne caractérisent que l'essentiel. (Les quatre Prussiens : quatre bons garçons, jeunes.)
Le récit par une fin inattendue et rapide : l'exécution de la mère Sauvage qui avoue et explique son crime. On appelle cette fin rapide et inattendue : une chute.