3. "La
voix dans la nuit, c'était vous" Cyrano et le motif amoureux au théâtre Novembre 2009 Séance 6 Lecture analytique MOLIERE L'Ecole des femmes (1662) extrait II, 5
Pistes d'analyse 
1.1 La
représentation du sentiment amoureux [personnage /
expression de soi]
Le sentiment que ressent Agnès est neuf pour elle, et inconnu. Peu instruite, elle ne parvient pas à l'analyser. Mais comment le manifeste-t-elle ?
Agnès ressent un amour intense, celui d'une jeune fille qui découvre l'amour et un amour
partagé. Ce sentiment est fondé sur l'attirance physique mais aussi les qualités de coeur, de distinction, de langage, et aussi la richesse du jeune homme.
- paroles ? (ce qui est dit
? comment ? )
La difficulté à nommer ce
qu'elle ressent : "des choses" v. 4, "certain je ne sais quoi" v. 7 périphrase,"là-dedans" pour son coeur / son corps v. 6 ; la force du sentiment, son intensité, son
absence de limite ou de retenue (ignorance) : "Une amour sans seconde" hyperbole, "les plus gentils du monde / Des choses que rien jamais ne peut égaler" amplification, "Oh tant !"
v. 12 phrase exclamative = expression de la joie, du plaisir éprouvé, "Non. Vous pouvez juger, s'il en eût demandé, / Que pour le secourir j'aurais tout accordé" supposition, mode
conditionnel.
- gestes ? actions ? (indiqués par les répliques, ce qu'elle a fait dont elle parle, ce qu'elle montre / didascalies)
Ce qu'elle a fait : s'abandonner à son sentiment sans crainte et sans retenue, ne pas voiler ou mesurer ses sentiments (v. 12-13,
v. 28-29)
Ce qu'elle montre d'elle : son innocence, mais aussi le sentiment d'avoir mal agi. Parce qu'elle ne veut pas avouer pour le ruban "Vous serez en colère" v. 19 ; par la didascalie
: "(La voyant interdite)" quand Arnolphe demande s'il ne lui a point pris autre chose. Elle a donc le sentiment d'avoir commis un geste coupable, et est aussi stupéfiée
par la connaissance / toute puissance de son tuteur.
- comportement ? (sur l'ensemble de la scène)
Ce qu'elle fait actuellement : le récit naïf à son tuteur amoureux d'elle de son amour pour un autre, de leurs embrassades et de son don d'un objet
les liant : gage d'amour (v. 12-13, v. 21-22 don du ruban à Horace)
1.2 La visée comique et critique [visée et registre, comment ? pour quoi faire ? ]
- Quel rôle joue les répliques d'Arnolphe à soi-même ? Comment appelle-t-on ces répliques ? Leurs fonctions
?
V. 8-9 Arnolphe exprime à voix haute son désarroi, son
inquiétude. Ses pensées exprimées à soi-même à haute voix sont des apartés. Mais en même temps ils donnent au spectateur des informations que le second protagoniste ne possède
pas : l'effet de double énonciation fonctionne donc ici. (l'auteur informe le spectateur
par le biais de ces paroles d'Arnolphe à lui-même). Ces répliques indiquent à la fois la souffrance de l'homme, en même temps qu'elles créent le comique par le contraste de la souffrance jalouse
et de la joie innocente.
- Quel procédé comique est-il mis en oeuvre au coeur de la scène ? Ce jeu est-il gratuit ? Que reflète-t-il de la vision de l'amour chez chacun des personnages
?
Il s'agit d'un quiproquo, car Arnolphe questionne Agnès sur un point précis (concernant son corps, les rapports amoureux : outre les mains et les
bras, que lui aurait-il pris ?) alors qu'Agnès est sur un registre courtois (le gage d'amour), à ce décalage s'ajoute l'ignorance du public, qui participe donc à la tension vécue par Arnolphe.
Cette participation à une inquiétude liée à la sexualité, mais sans implication affcetive pour le spectateur est source de joie (avec Arnolphe pour sa suspicion, mais contre lui
pour le caractère obsessionnel, méchant de sa jalousie)
- Quelles sont les différentes formes de comique de la scène ? [situation - geste - langage - mot] leur visée ?
A ce comique de situation, s'ajoutent des comiques de gestes : mimiques d'Arnolphe, de mots
(sous-entendu grivois "il m'a pris", "Comment ! Est-ce qu'on fait d'autres choses ?"), comique de langage aussi dans les jeux avec
les intonationsdes acteurs (V. 15 "quoi ?" souvent crié démesurément, les "non" v. 18, attestant le calme dits d'un ton très colérique... pour Arnolphe ; "Comment ! Est-ce qu'on
fait d'autres choses ?" naïveté extrême pour Agnès)
=> Qu'est-ce que la scène montre de l'éducation d'Agnès et de sa sensibilité propre
?
Agnès, qui se plaindra plus tard d'être sotte et d'en souffrir, a été rendue
ignorante à un point extrême mais la force de l'amour est tel qu'il lui a dessillé les yeux. Le sentiment (naturel) lui donne la sensibilité qui fera d'elle une personne fine, puis
libre.