3. "La voix dans la nuit, c'était vous."
Cyrano de Bergerac et le motif amoureux au théâtre Nov. 2009
Séance 5 Langue Texte support William SHAKESPEARE traduit par
François-Victor HUGO Roméo et Juliette (1595) II, 2 Manuel Delagrave pp. 58-59
Objectif
Repérer et analyser les modes employés pour exprimer l'ordre, le souhait, la demande, l'hypothèse
Rappel
Déclaration : Expression par la parole, communication d'une information, d'un fait au destinataire (énonciation, assertion)
Souhait : Désir que quelque chose s'accomplisse
Demande : Action de solliciter quelque chose (expression explicite du souhait)
Ordre : Obligation, ce qu'il convient de dire ou de faire dans une circonstance
donnée
Hypothèse : Supposition, conjecture par laquelle
l'imagination anticipe sur la connaissance pour expliquer ou prévoir la réalisation éventuelle d'un fait, pour déduire des conséquences.
Texte Roméo et Juliette (II, 2)
Roméo . - Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de
blessures! (Juliette paraît à une fenêtre) Mais doucement! Quelle lumière jaillit par cette fenêtre ? Voilà l'Orient, et Juliette est le
soleil ! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà languit et pâlit de douleur, parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle
qu'elle-même! Ne sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi ; sa livrée de vestale est maladive et blême, et les folles seules la
portent : rejette-la !... Voilà ma dame ! Oh! voilà mon amour ! Oh ! si elle pouvait le savoir !... Que
dit-elle ? Rien... Elle se tait... Mais non ; son regard parle, et je veux lui répondre... Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des
plus belles étoiles, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent. Ah!
si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses
joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe ; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les
oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main ! Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! Je toucherais sa joue !
Juliette . - Hélas !
Roméo . - Elle parle ! Oh ! parle encore, ange resplendissant ! Car tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tête, comme le messager ailé du ciel, quand, aux yeux bouleversés des mortels qui se rejettent en arrière pour le contempler, il devance les nuées paresseuses et vogue sur le sein des airs!
Juliette. - Ô Roméo ! Roméo ! pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abdique ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serai plus une Capulet.
Roméo, à part . - Dois-je l'écouter encore ou lui répondre ?
Juliette . - Ton nom est mon ennemi. Tu n'es pas un Montague, tu es toi-même. Qu'est-ce qu'un Montague ? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, si un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Oh ! sois quelque autre nom ! Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom ; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière.
Roméo. - Je te prends au mot ! Appelle-moi seulement ton amour, et je reçois un nouveau baptême: désormais je ne suis plus Roméo.
Juliette. - Mais qui es-tu, toi qui, ainsi caché par la nuit, viens de te heurter à mon secret?
Roméo. - Je ne sais par quel nom t'indiquer qui je suis. Mon nom, sainte chérie, m'est odieux à moi-même, parce qu'il est pour toi un ennemi: si je l'avais écrit là, j'en déchirerais les lettres.
Juliette. - Mon oreille n'a pas encore aspiré cent paroles proférées par cette voix, et pourtant j'en reconnais le son. N'es-tu pas Roméo et un Montague?
Roméo. - Ni l'un ni l'autre, belle vierge si tu détestes l'un et l'autre.
Juliette. - Comment es-tu venu ici, dis-moi ? et dans quel but ? Les murs du jardin sont hauts et difficiles à gravir. Considère qui tu es : ce lieu est ta mort, si quelqu'un de mes parents te trouve ici.
Roméo. - J'ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l'amour : car les limites de pierre ne sauraient arrêter l'amour, et ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter ; voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.
Juliette. - S'ils te voient, ils te tueront.
Roméo. - Hélas! il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées : que ton oeil me soit doux, et je suis à l'épreuve de leur inimitié.
Juliette. - Je ne voudrais pas pour le monde entier qu'ils te vissent ici.
Roméo. - J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si
tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici ! j'aime ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour.