3. "La voix dans la nuit, c'était vous." Cyrano de Bergerac et le motif amoureux au théâtre Nov. 2009
Séance 5 Langue (2) Orthographe Roméo et Juliette (II, 2) Traduction de François-Victor HUGO
Roméo .
- Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de
blessures ! (Juliette paraît à une fenêtre) Mais doucement! Quelle lumière jaillit par
cette fenêtre ? Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil ! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà
languit et pâlit de douleur, parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle qu'elle-même ! Ne
sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi ; sa livrée de vestale est maladive et
blême, et les folles seules la portent : rejette-la !... Voilà ma dame ! Oh ! voilà mon amour ! Oh
! si elle pouvait le savoir !... Que dit-elle ? Rien... Elle se tait... Mais non ; son regard parle, et je veux lui répondre... Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des plus belles étoiles, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent.
Ah ! si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe ;
et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que
les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main ! Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! Je toucherais sa joue !
Juliette . - Hélas !
Roméo . - Elle parle ! Oh ! parle encore, ange resplendissant ! Car tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tête, comme le messager ailé du ciel, quand, aux yeux bouleversés des mortels qui se rejettent en arrière pour le contempler, il devance les nuées paresseuses et vogue sur le sein des airs !
Juliette. - Ô Roméo ! Roméo ! pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abdique ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serai plus une Capulet.
Roméo, à part . - Dois-je l'écouter encore ou lui répondre ?
Juliette . - Ton nom est mon ennemi. Tu n'es pas un Montague, tu es toi-même. Qu'est-ce qu'un Montague ? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, si un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Oh ! sois quelque autre nom ! Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom ; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière.
Roméo. - Je te prends au mot ! Appelle-moi seulement ton amour, et je reçois un nouveau baptême: désormais je ne suis plus Roméo.
Juliette. - Mais qui es-tu, toi qui, ainsi caché par la nuit, viens de te heurter à mon secret ?
Roméo. - Je ne sais par quel nom t'indiquer qui je suis. Mon nom, sainte chérie, m'est odieux à moi-même, parce qu'il est pour toi un ennemi : si je l'avais écrit là, j'en déchirerais les lettres.
Juliette. - Mon oreille n'a pas encore aspiré cent paroles proférées par cette voix, et pourtant j'en reconnais le son. N'es-tu pas Roméo et un Montague?
Roméo. - Ni l'un ni l'autre, belle vierge si tu détestes l'un et l'autre.
Juliette. - Comment es-tu venu ici, dis-moi ? et dans quel but ? Les murs du jardin sont hauts et difficiles à gravir. Considère qui tu es : ce lieu est ta mort, si quelqu'un de mes parents te trouve ici.
Roméo. - J'ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l'amour : car les limites de pierre ne sauraient arrêter l'amour, et ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter ; voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.
Juliette. - S'ils te voient, ils te tueront.
Roméo. - Hélas ! il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées : que ton oeil me soit doux, et je suis à l'épreuve de leur inimitié.
Juliette. - Je ne voudrais pas pour le monde entier qu'ils te vissent ici.
Roméo. - J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici ! j'aime ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour.
Préparation de la dictée
1. Se dicter (MP3) ou se faire dicter le texte (en deux fois éventuellement)
2. Repérer les fautes en comparant dictée et original
3. EXPLIQUER les fautes suivant le protocole de correction
4. Refaire les parties de dictée fautives
Exemples de fautes / explications possibles
* Orthographe d'usage :
- Mots invariables : copier (si besoin) 5 fois Ah ! Oh
! pourtant Ô Roméo D'ailleurs au-dessus de quelqu'un
jusqu'à ce qu'
- Mots variables (famille, son ou règle)
Règle : clarté, inimitié : les mots féminins en "té" ou en "tié" ne prennent pas de "e" sauf dictée, mortée, pâtée, montée,
jetée et les mots exprimant un contenu (pelletée)
Son : ennemi / ami / banni / fourmi / épi / rôti
Famille
: embaumerait embaumer, baume,
embaumement, embaumeur
Homonymes : ne pas confondre la livrée (costume du serviteur) avec le livret (carnet)
* Accords dans le groupe nominal
- Expliquer l'accord : les folles seules : l'AQ prend les marques de l'accord en genre, en nombre du nom qu'il qualifie; ici le nom est
folles, donc "seules" doit prendre les marques du féminin pluriel.
vingt de leurs épées : accord selon le sens, leurs épées ne peut être qu'au pluriel (vingt) ;
même remarque pour : Deux des plus belles étoiles
ma vie finie / ma mort différée Le participe passé employé seul
...
* Accords dans le groupe verbal
Participe passé avec AVOIR : Mon oreille n'a pas encore aspiré
Sujet éloigné du verbe : deux ... étoiles ...
adjurent
* Conjugaisons : revoir les temps et MODES présent
IND appuie , rejettent, jaillit, languit, présent IMP renonce ,prends présent COND déchirerais , darderaient , présent SUBJ fasse ,sois futur IND tueront et serai (à ne pas confondre avec un COND présent), SUBJ imparfait qu'ils te vissent
* Homonymes grammaticaux / confusions graves
Dois-je l'écouter encore ou lui répondre OU = ou bien dans cette phrase
Qu'y a-t-il dans un nom = qu'est-ce qu'il Y a (et non pas QUI
a-t-il...)
et Juliette est le soleil et = et AUSSI ; est = ETAIT
ce que l'amour : ce = CELA