4. Théâtre George Dandin "George Dandin... et les Messieurs de la Dandinière" Décembre 2009
Objectifs d'apprentissage
Distinguer les
différents genres de pièce de théâtre
Étudier les traits caractéristiques de la comédie et de la tonalité comique
Apprécier les intérêts de la mise en scène
Approfondir l’étude du rôle du dialogue au théâtre
Repérer un échange argumentatif au théâtre
Observer la critique sociale et l'étude des caractères dans les pièces de théâtre (MOLIERE)
Séance 1 George Dandin Acte I scènes 1, 2 et 3 (jeu ou lecture préparée par les élèves : acte I en entier)
De quoi George Dandin se plaint-il
? Comment Molière présente-t-il cette situation ?
Hypothèses des élèves (Questions : Quoi ? Quel intérêt ? Quels moyens ?) cf. Explication de texte
Réponses
- début de pièce
- problème de jalousie et de tromperie
- moquerie ou mépris de la belle famille
- la parole est empêchée ou "faussée" (communication)
1. La situation d'énonciation
- les personnages de la pièce ? Noms et conditions sociales ?
George Dandin : paysan riche / Hypothèses sur le nom : se dandiner (Balancer son corps
d'une manière nonchalante et gauche) Ce nom n'a pas été inventé par Molière, Il existait chez Rabelais (Tiers
livre, chapitre 41). On le trouve aussi chez La
Fontaine.
On attend aussi le son "dindon" (par paronymie) qui renforce cette apparence "animale",grossière et un peu ridicule. Ce personnage n'est pas reconnu ans la scène, mais pris pour un
"voisin".
Lubin : paysan, messager de Clitandre. De condition inférieure (niveau de langue), de caractère niais.
- Quel personnage est en scène en I, 1 ? A qui s'adresse-t-il ? Pourquoi ce choix ?
George Dandin est seul en scène, il se parle à voix haute : il s'agit d'un monologue. Il peut employer plusieurs pronoms pour parler de lui-même : JE / ME / MES "s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme" ou s'adresser à lui-même comme à un autre personnage VOUS / VOTRE / VOS "vous avez fait une sottise la plus grande du monde.", c'est un reproche qu'il s'adresse ; quand il emploie la 1ère pers. du pl. NOUS "lorsqu'ils nous font, nous autres ", le « nous » représente le groupe social des paysans auquel il appartient. Par le choix de ce pronom, il met en valeur les différences sociales qui l’opposent à sa belle-famille.
Le monologue convient bien au personnage : il montre dès la première scène sa situation : solitaire.
Le monologue sert à exprimer :
- les pensées
- l'examen des solutions dans une décision à prendre
- les émotions
Il apparaît plus souvent au cœur de l'action, dans les moments de tension.
- Quelle est la situation d'énonciation de la scène 2 ? Qui parle à qui (qui croit parler à qui ? )
Dans la scène 2, Lubin se trompe de destinataire. Il s'agit d'un quiproquo (Quiproquo est un mot d'origine latine (latin médiéval). Il proviendrait du latin médiéval qui pro quod, qui pro quo ou quid pro quo signifiant « quelque chose pour quelque chose » )
Cette "erreur" est utilisée dans le théâtre pour plusieurs raisons :
- moyens d'obtenir des informations pour un personnage
- effets comiques pour le spectateur car le personnage qui reçoit les informations est souvent moqué, critiqué... par celui qui les donne ; celui-ci n'étant pas connu est obligé d'acquiescer à ces critiques sur lui-même.
2. Les éléments de l'exposition : composants de l'intrigue
- Comment le personnage de George Dandin est-il présenté ?
George Dandin est présenté par :
- ses propres paroles : l'analyse qu'il fait de la situation
- ce que l'on dit de lui (qu'il apprend par Lubin)
- l'interprétation du personnage : expression de la colère, ou de l'amertume...
- Quel est le sujet du monologue de George Dandin en I, 3 ?
En I, 1, il s'agit d'abord d'une plainte sans objet précis, sans projet d'action.
En I, 2 George Dandin, informé du projet de tromperie, veut agir : « Morbleu! je ne veux point laisser passer une occasion de la sorte. Il me faut de ce pas aller faire mes plaintes au père et à la mère, et les rendre témoins[...] »
Il s’agit de prendre ses beaux-parents à témoin de la tromperie, pour prouver l’adultère (faute pour les femmes dès le XVIe s. car elles peuvent engendrer des héritiers illégaux).
- Quelles sont les problèmes déjà présents ? Quelles sont les craintes ? (les attentes du spectateur)
La
situation est présentée comme le résultat d'une erreur dont Dandin est la cause : une mésalliance. Dandin, qui a épousé une jeune noble ruinée, n'en est pas aimé et craint d'être trompé. Il
souffre également de l'écart de la situation sociale. Le spectateur ne connaissant que
George Dandin peut s'identifier à lui et partager ses inquiétudes.
3. Le thème, la situation, le ton
- Quelle est la situation dans laquelle se trouve George Dandin ?
George Dandin est un mari, qui n'est pas aimé, et qui va être trompé.
- S'agit-il d'un thème nouveau au théâtre (Farce et commedia dell'arte ) ?
Le thème de la tromperie dans le mariage est un thème très ancien dans le théâtre.
Dans la farce médiévale, c'est un des thèmes récurrents.
- Que peut-on penser de ce thème ?
Le thème est donc sans originalité, le personnage du mari jaloux et trompé est connu ; il est ridiculisé habituellement,
mais cette situation se double d'une différence sociale qui est marquée. C'est la mésalliance qi fonde le mariage qui serait à l'origine de la
tromperie.
L'ensemble de ses informations sur les caractères, la situation et l'intrigue constituent les scènes d'exposition.
L'exposition a été favorisée par le quiproquo, encadré de deux
monologues exprimant les sentiments du personnage.
|
La farce médiévale |
La commedia dell'arte |
|
"Née de la double tradition médiévale du fabliau, récité par des jongleurs sur les places publiques, et du mystère, au sein duquel elle vaut comme intermède comique, la farce ne devient genre qu'à partir du XVe siècle. Les quelque cent cinquante farces françaises conservées ont la forme de pièces courtes (cinq cents vers en moyenne), qui reposent sur une intrigue simple et mettent en scène un petit nombre de caractères typés et complémentairement opposés : mari trompé et femme adultère, marchand avare et mauvais payeur rusé, moine lubrique, médecin charlatan, avocat véreux… Le moteur principal de la farce est la répétition, jusqu'à l'excès : les bons mots, souvent obscènes, les injures et les coups, le retour des situations constituent la matière de ce remplissage qui gonfle la machine comique jusqu'à l'explosion finale de la surprise, faisant infailliblement du trompeur un trompé. Par ce renversement systématique des rôles, par la place qu'elle accorde au bas corporel, à l'origine du rire franc qu'elle suscite, la farce relève de l'esthétique carnavalesque qui traverse la fin du Moyen Âge : sans contester l'ordre du monde, elle permet à l'immense majorité du petit peuple de s'y trouver une place, ne serait-ce qu’en définissant, pour chacun, le rôle qu'il ne veut pas jouer. " Encyclopédie Encarta |
L'intrigue, menée en trois actes précédés d'un prologue est directement inspirée des pièces latines, elle mêle les péripéties les plus mouvementées : poursuite déguisement, bagarres, disparitions, bastonnades, enlèvements et retrouvailles. Les éléments purement dramatiques alternent avec les "ornements" (morceaux "autonomes"). Les personnages incarnent des caractères universels, quasi immuables depuis l'Antiquité : jeune couple d'amoureux, vieillard avare et buté, serviteur rusé, auxquels s'ajoutent les zanni, issus des esclaves de la comédie latine, valets bouffons, fourbes ou balourds. Les textes aussi simples que conventionnels, abondent en grivoiseries, satires politiques et parodies, mêlés d'attaques contre la justice, la police ou l'Académie. D'après G. MONGREDIEN La vie quotidienne des comédiens au temps de Molière 1966
|
|
Étymologie du mot "cocu" |
Quelques mots sur l'adultère |
|
il s'agit de l'adjectif d'ancien français cocu « allongé, étiré ». Var. de coucou* dont l'étymon lat. cuculus est attesté dès l'époque classique aux sens de « imbécile, niais » et de « galant ». Les coucous ne prenant pas leur progéniture en charge n'ont pas besoin de vivre en couples comme certains autres oiseaux et ont ainsi une réputation d'infidélité. Le passage de la forme d'ancien français cucu à cocu est probablement dû à l'influence des mots formés sur coq (cf. les mots de la famille de coq signifiant « cocu, niais » ou « galant, débauché »)
|
"Jusqu’à la fin du Moyen-Age l’adultère est passible des tribunaux ecclésiastiques (les officialités) qui traitent des affaires matrimoniales. C'est un des péchés : Dans la Bible, l’adultère est interdit par deux sacrements, le 6e ("Tu ne commettras d’adultère") et le 9e ("Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui"). Progressivement au XVIe siècle, l’adultère passe du ressort de la juridiction d’Église à celui des tribunaux royaux, tandis que les juristes s’efforcent de théoriser un péché considéré comme une menace pour l’ordre social. [...] A l'opposé de la gravité de ce jugement, l’adultère se décline dans la littérature sous deux modes : celui du gros comique et de la farce et celui de la courtoisie." Le lien entre ces deux approches opposées peut être fait par les pratiques sociales qui "mettent en scène" (dans la ville, lors du carnaval) les châtiments de l'adultère : charivaris, confrérie de maris trompés... (à partir des notes de lecture de Cécile CHAMPY sur Au bonheur des mâles. Adultère et cocuage à la Renaissance 1400-1650 Maurice DAUMAS Éditeur : Armand Colin) |
| Mars 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
Merci et bravo
Cordialement
dviaud
Je suis contente que des éléments de cette séquence soient réutilisables - je travaille aussi souvent comme cela : à partir de pistes de travail des autres professeurs (manuels, guides, sites etc.). Bien sûr ces emprunts n'ont de sens qu'en rapport avec une classe donnée, un moment de l'annnée dans la progression etc.
Ce que je publie, c'est un peu mon cahier personnel : les traces écrites en classe sont évidemement beaucoup plus modestes (je scannerai des cahiers dès que j'en aurai le temps). Mais le but est malgré tout de m'efforcer de structurer au mieux la progression, les analyses etc. de façon à ce que les élèves, les parents, les collègues avec qui je travaille, perçoivent la cohérence globale que j'essaie de mettre en oeuvre.
Pour George Dandin, je le ferai aussi cette année : je trouve cette pièce passionnante (aspects de "caractère" et de "moeurs") et comme je fais jouer des scènes par les élèves, le nombre et la variété des rôles sont particulièrement intéressants. En fait tous les rôles de la pièce sont riches et trouvent "preneurs" quand il faut jouer. J'utilise aussi la mise en scène d'Anne-Marie Lazarini (surtout pour les valets) et ,cette année ,comparée à celle de Catherine Hiegel (pour B. Putzulu). J'aurais bien aimé retrouver celle de Planchon (souvenir extraordinaire) mais introuvable à ce jour.
La séquence en ligne va donc passer petit à petit "des archives" dans "l'année 2009-2010" ; vous pouvez, si vous le souhaitez, enregistrer les pages d'avance pour le moment où elles ne seront plus en ligne. Je vais aussi les modifier : je ne peux jamais refaire la même chose (Voir Cyrano en 3e !)... N'hésitez pas toutefois à me demander des compléments éventuels (par mail : contacter en bas de la page) comme les questionnaires de lecture... je ne publie pas tout !
Vous souhaitant donc une bonne séquence dandinesque...